par Saïmone » 27 Février 2010, 14:43
Carnet de bord d'enregistrement
Jeudi 25 février
17h54
Nous venons d'essuyer une tempête de pixels, doublée d'un crachin d'herz de facteur temps 0,68800. Je prends le temps d'écrire ces quelques lignes avant de retourner sur le pont, je n'ai jamais connu tel ravage.
Nous voguions fièrement, en ligne droite depuis le cap "Episode001scene003" lorsque le timonier Donjdouillon nous a fait remarquer que nous avions raté le canal "Episode001scene002". La jonction étant, dans ces conditions, impossible à faire, l'ensemble de l'équipage * a engagé une manœuvre de virement de bord. Le climat se présentait au mieux, lorsque le maître machine, du haut de sa hune, a remarqué une dépression sur le détroit, déjà affronté, "Episode001scene001". Le détour nous a semblé réalisable. Si nous savions ce qui nous attendait alors...
Arrivé au détroit, par empannage du logiciel et bordage du projet scene001.VIP, nous avons constaté que les nœuds n'étaient pas bien serrés, et que nous risquions un chavirement imminent si nous ne réglions pas cette question immédiatement.
Après de nombreuses prises de sons, nous avons calfeutré la coque avec un crescendo, puis embraqué sèchement : travail de longue haleine (plusieurs heures) pour un résultat infime mais satisfaisant.
C'est là que tout a dégénéré : le typhon s'est levé, force terrible, nous étions forcément face à celui qu'on ne nomme qu'à mi-voix, celui que les vieux de loups des mers appellent "Le Soldat", ou encore "Le Bleu". Nous l'avions déjà rencontré une fois, et avions pu nous échapper en louvoyant à contre-courant. Mais cette fois, ça n'avait rien à voir avec la première fois, aucun de nos relevés ne correspondaient, nos compas se sont brisés sous le choc, notre foc s'est déchiré. Malgré une tentative héroïque du maître machine, accroché à sa console de mixage à modifier à toute vitesse le ML et le gain, nous avons dû affaler et nous laisser dériver vers le canal "Episode001scene002", que nous pensions plus clément.
Nous n'avons même pas atteint le bout du canal : "Le Kapo" s'est levé ! Je n'avais jamais vu ça auparavant. Nous avions tout ce qu'il fallait, les pistes étaient déjà enregistrées, les repérages d'effet effectués (modification durée/pitch de facteur temps -2,54367 et de hauteur 0,67890), mais rien à faire. Je comprends désormais l'expression : "Quand le Kapo se lève, tu te couches et tu pries, mais surtout tu râles pas !". Accrochés à notre Jean de Lalune, nous nous sommes mis en formation de cape, en espérant que la proue ne s'enfourne pas et que nous n'ayons pas à matosser une fois la tempête passée.
19h03
Je reprends la plume : tout est redevenu calme, nous avons jeté l'ancre au milieu du canal. Nous nous reposons de nos émotions, nous avons affalé toutes les voiles. Aujourd'hui, nous avons reculé.
Toujours pas de Firmin et Cunégonde en vue. Il ne faut pas désespérer.
* Composé, je le rappelle, du timonier Donjdouillon (fièrement caché au plus profond de sa cabine, une plume à la main), du maître machine Robin (des Mers, et non des Bois) et de moi-même, matelot-chef.